N° 8, 2016 – Accompagnement sociobiographique et contexte post-colonial : plurilinguisme, émancipation, formaiton

Numéro thématique coordonnée par Muriel Moliné

Modalités de soumission et calendrier

Les personnes intéressées sont invitées à soumettre leur article avant le 30 septembre 2016 par voie électronique à l’adresse de la revue, ainsi qu’au coordonateur du numéro thématique : contextes.didactiques@espe-guadeloupe.fr / molinie.muriel@wanadoo.fr

  • Les propositions d’articles seront soumises à une double expertise anonyme, puis au comité éditorial. Retour de l’expertise : le 30 octobre 2016

  • Réception de la version finale de l’article : le 30 novembre 2016

  • Le numéro 9 de la revue « Contextes et Didactiques » paraîtra sur le site de la revue sous format électronique : le 30 décembre 2016

Pour toute information (politique éditoriale, recommandations aux auteurs, feuille de style), veuillez consulter les informations sur le site de la Revue « Contextes et Didactiques » : http://espe-guadeloupe.fr/la-recherche/revue-contextes-et-didactiques/

Tous les numéros parus sont intégralement en ligne et accessibles gratuitement : http://espe-guadeloupe.fr/la-recherche/revue-contextes-et-didactiques/la-revue-en-ligne/

Argumentaire

Cet appel à contribution part d’un constat : si les travaux sur les liens entre linguistique et colonialisme sont plutôt bien représentés dans les domaines anglosaxons et francophones (Garabato Carmen et Boyer, 2014), en revanche les travaux proposant des liens entre éducation, plurilinguisme, langues et postcolonialisme sont encore, à notre connaissance, trop discrets (Maurer, 2013).

Est-ce à dire, comme le regrettent Bernardot et Brunetaux (2012) que « la science sociale occidentale linéaire du social est peu armée pour aborder le monde colonial qui, (…), est un monde peu objectivable de formes, brouillard flottant et difficilement perceptible de l’oralité, de la rumeur, de l’anonymat collectif, de l’ironie, de l’invisibilité, de l’allusion, bien plus que de styles institués » ?

Ce numéro de la revue Contextes et Didactiques a comme ambition de confronter des travaux de recherche menés dans des contextes qualifiés de plurilingues ou multiculturels, voire de post-coloniaux ou migratoires, et donnant une place centrale au recueil, à la co-construction et à l’analyse réflexive de formes autobiographiques plurilittératiées portant trace d’expériences et témoignage d’épreuves vécues dans – ou en relation avec – ces contextes.

Essentiellement fondées sur des recherches qualitatives et l’analyse de dispositifs d’accompagnement, les contributions attendues seront marquées par un travail critique et réflexif d’objectivation des contextes postcoloniaux.

Issues de champs disciplinaires concernés par la mise à jour et l’analyse des rapports de pouvoir, de domination ou d’hégémonie, les contributions tenteront de comprendre la façon dont les sujets bi/plurilingues vivent, analysent et dépassent ces tensions dans le large répertoire de leur existence passée/présente, en « pays et en langues dominés » : de l’école à l’université, en famille, au travail, dans la rue, en situations de mobilités, d’apprentissage, de formation, d’insertion, d’errance, d’itinérance éducative (inter)nationale, etc.

Les contributeurs s’appuieront sur toute forme narrative (telles que biographies langagières, éducatives et formatives, entretiens de récits de vie, dessins réflexifs, collages, vidéo, expériences chantées ou chorégraphiées ou encore récits et histoires de vie, journaux d’itinérance ou de voyages) donnant à comprendre le parcours langagier et l’expérience socio-historique du sujet (succession temporelle d’événements, d’actions et de situations) (Molinié, 2009, 2015) et permettant à celui-ci la saisie de processus et de stigmates sociaux liés à l’histoire coloniale, perceptibles sur le long terme via une interaction de faits (Bertaux, 1997 : 88). Les contributions offriront un va et vient entre échelles d’analyse, dans le croisement entre l’intime et l’institutionnel, le régional et le transnational, le récit individuel et l’histoire collective, le savoir et l’expérience singulière.

Ces variations d’échelle dans la perception des phénomènes permettront d’atteindre l’objectif de ce numéro qui est, au final de dépasser des polarisations jugées réductrices dans la perspective d’une sociodidactique complexe et d’une pédagogie de la variation (Prudent, 2013) : langue/variétés de langues ; monolinguisme/bilinguisme ; identité/altérité/intérité ; créolisation/décréolisation ; langues maternelle/ seconde/étrangère ; opposition/complémentarité des deux « langues »…

Il s’agit ici de comprendre comment les sujets en situation se représentent, disent leur expérience de l’objet « colonial » et en mettent en intrigue et en scène les jeux et les paradoxes : entre le caché et le visible ; le réel et l’imaginaire ; le privé et le public ; l’ordinaire et le conflictuel ; le centre et la périphérie ; l’hégémonie et l’agencéité ; l’idéologie et la résistance culturelle ; les inculcations officielles et les modes de vie vernaculaires et autres ambivalences (par exemple, entre dénonciation de pensées auto-dévalorisantes et leur diffusion simultanée via proverbes et dictons…).

Les articles privilégieront les thématiques suivantes :

  • rôle des médiations sociobiographiques dans les accompagnements éducatifs en contexte plurilingue pour que l’accès au langage ouvre sur des modes d’appropriation symbolique des mondes (monde d’ici/mondes d’ailleurs ; dominant/dominé) ;

  • fonction performative du discours et des arts du langage (Auger et Pierra, 2007) dans l’élaboration de son histoire, prise en compte holiste (corps, esprit, langues, sensibilité) du sujet (apprenant/se formant) relié aux autres et à ses environnements culturels et ancrages émotionnels des apprentissages ;

  • médiations sociobiographiques entre le texte et le corps, l’occupation de l’espace, la musique et la danse ;

  • historicité et réinvention de soi plurilingue (agentivité, résilience, résistance, autonomie, marronnage, subjectivité, réflexivité, empowerment, identités narratives) pour faire société ;

  • hétéronomie, dépendance (à la métropole, aux élites locales, aux idéologies) et autonomie.

  • processus de conscientisation des stigmatisations et de la glottophobie (Blanchet, 2016) dans les récits et histoires de vie ; récit des relations conflictuelles et processus de (dé)constructions des hiérarchies sociales/raciales entre groupes ;

  • persistance du « colonial » dans le rapport aux savoirs et désir d’apprendre et de vivre ensemble ;

  • récits professionnels autour des ambigüités de politiques linguistiques et éducatives : entre volonté d’émancipation de la puissance coloniale, maintien partiel de son influence et « importation » d’autres modèles didactiques (Amérique du Nord, etc.).

Références bibliographiques

Auger, N. et Pierra, G. (dir.) (2007). Arts du langage et publics migrants. Études de linguistiques appliquées, 147. Klinksieck : Didier érudition.

Bernardot, M et Brunetaux, P (2012). Quel colonialisme dans les DOM-TOM ? – Une introduction. Dans M. Bernardot, P. Bruneteaux et U. Zander (dir.), Quel colonialisme dans la France d’Outre-Mer ? Asylon(s), 11. Consulté en ligne le 18 mai 2016 : http://www.reseau-terra.eu/article1274.html.

Bertaux, D. (1997). Les récits de vie. Perspective ethnosociologique. Paris : Editions Nathan, coll. « Nathan Université ».

Blanchet, P. (2016). Discriminations : combattre la glottophobie. Paris : Textuel, coll. « Petite Encyclopédie critique ».

Garabato Carmen, A. et Boyer, H. (2014). Un post-colonialisme linguistique ? Mots. Les langages du politique, 3(106), 5-12. Consulté en ligne le 18 mai 2016 : http://www.cairn.info/revue-mots-2014-3-page-5.htm.

Jeurissen, L. (2006). Histoire coloniale et nomadisme heuristique. Civilisations [En ligne], 54. Consulté en ligne le 8 mai 2016 : http://civilisations.revues.org/301.

Maurer, B. (dir.) (2013). Les langues des apprenants dans les systèmes éducatifs post-coloniaux. Glottopol, 22.Consulté en ligne le 8 mai 2016 : http://glottopol.univ-rouen.fr/numero_22.html.

Molinié, M. (dir.) (2009). Le dessin réflexif. Élément pour une herméneutique du sujet plurilingue. Amiens : CRTF-Encrages, Belles Lettres.

Molinié, M. (2015). Recherche sociobiographique en contexte plurilingue. Cartographie d’un parcours de didacticienne. Paris : Riveneuve Éditions.

Prudent, L. F. (2013). Enseigner créole et français, ensemble en Outremers. Dans F. Anciaux, T. Forissier et L.-F. Prudent (dir.), Contextualisations didactiques. Approches théoriques (p. 249-282.) Paris : Harmattan.

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