50 ANS D’ÉCOLE et demain ? de Grabriel Langouët

Paulette Durizot Jno-Baptiste

Référence(s) :

« Gabriel Langouët (2008). 50 ANS D’ÉCOLE et demain ? Paris : Éditions Fabert, 203 p. »

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Paulette Durizot Jno-Baptiste, « 50 ANS D’ÉCOLE et demain ? de Grabriel Langouët », Contextes et Didactiques [En ligne], 2 | 2008, mis en ligne le 15 décembre 2008, consulté le 22 février 2019. URL : https://www.contextesetdidactiques.com/927

Cet ouvrage devrait intéresser tous ceux qui sont concernés par les problèmes de l'éducation, et notamment les enseignants et futurs enseignants, mais aussi les "décideurs", les parents, les éducateurs et tous ceux qui œuvrent dans le champ du travail social.

Aider à comprendre les évolutions et les régressions qui caractérisent le système d’enseignement français est la volonté forte de l’auteur. Avant d’être sociologue et professeur émérite à la Faculté des sciences humaines et sociales (Paris V-Sorbonne), Gabriel Langouët est instituteur, professeur de collège, directeur-adjoint de collège en 1972… Il vit donc « de près, de l’intérieur même du système éducatif » les périodes caractéristiques des mutations de l’École. C’est ainsi que le scientifique a eu la bonne idée d’enrichir son ouvrage de récits de vie qui rendent compte de son propre parcours scolaire et professionnel.

Cette écriture à plusieurs mains rend la lecture agréable répondant ainsi à toutes les espérances ambitieuses de G. Langouët qui a voulu produire : « un texte clair et simple, se limitant aux données statistiques essentielles et indispensables. »

Le sommaire tel qu’il est conçu renseigne d’entrée sur la lisibilité de l’ouvrage. Chaque présidence, de 1958 à 2007, répond à une même logique d’approche : la présentation des réformes, l’évolution et le renouvellement en sociologie de l’éducation et en pédagogie, l’évolution des fréquentations scolaires et universitaires, les résultats globaux, la question de la démocratisation et le bilan correspondant aux grandes périodes successivement examinées : 1958 -1974 ; 1974 -1981 ; 1981-1988 puis 1988-1995 ; 1995-2002 puis 2002-2007. L’on sent bien la main du chercheur pédagogue soucieux de capter l’attention et de donner l’envie de lire.

Lorsqu’il s’agit d’interroger 50 ANS D’ÉCOLE et de faire des propositions pour demain,  il ne suffit pas à l’auteur de s’attarder dans le champ socio-éducatif. Il a besoin des apports des historiens ainsi que des enseignements des mouvements sociaux qui témoignent de l’intérêt de rendre complémentaires les réponses sociales et scolaires.

Toutefois la corrélation entre l’exclusion sociale et l’exclusion scolaire que G. Langouët semble mettre en exergue, exprime-t-elle une relation causale soulignée par beaucoup de sociologues de l’éducation depuis les années 1960  (P. Bourdieu, J-Cl. Passeron, Ch. Baudelot, R. Establet, R. Boudon…) ? Disons avec l’auteur qu’elle a le mérite de souligner l’évidence à savoir les limites de l’Ecole tout en accentuant cependant son rôle capital car ces défis qu’impose la mondialisation, ne se relèveront pas sans l’Ecole, cette École qui n’est plus le creuset de l’insertion sociale, le moyen d’emprunter « l’ascenseur social » ?

Suite à l’éclairage des notions clés de « massification », « démographisation », « démocratisation », « socle commun », « connaissance », « compétences », l’auteur signifie les nuances et son choix terminologique. Cependant, il ne manque pas de noter les limites opératoires de ces mots « lors des débats sur les fréquentations scolaires corrélées avec les présentations à tel examen (ou résultats) » .

Les échecs de l’Ecole ? L’auteur en dresse une liste. Ils concernent :

  • les oubliés de l’école  : ceux qui y sortent « sans la moindre qualification, et bien sûr, sans diplôme, sans rudiments indispensables pour communiquer, ou avec une qualification minimale et partielle (environ 7% d’âge). »

  • les bâcheliers  : ceux qui ont fréquenté l’université « sans en tirer grand bénéfice puisqu’ils se retrouvent en difficulté majeure quant à leur insertion professionnelle (…). »

  • les candidats au contrat première embauche : ceux qui appartiennent « aux disciplines particulièrement fragiles quant aux débouchés . (…)».

Les propositions de l’auteur si elles s’inscrivent dans l’amélioration voire une plus grande rentabilité du système d’enseignement français, nous laisse à penser que derrière chaque réforme, chaque loi prétendant à une même intention d’efficacité, il y a des hommes et des femmes de bonne volonté . Ils sont dans les salles de classes d’écoles, de collèges, de cours d’universités, mais aussi sur tous les fronts, là où l’injustice sociale sévit. Le droit au logement, le droit à l’éducation pour tous, le droit à la libre expression, le droit à l’emploi sont autant de voix qui s’élèvent pour demander une Ecole qui garantit tous ces droits pour la plus large expression de la dignité humaine.

Cet ouvrage, 50 ANS D’ÉCOLE et demain ? de Gabriel Langouët, a le mérite de s’ajouter à tous ceux qui font grandir l’espoir d’une autre politique de formation des maîtres plus sensibilisés aux impératifs économiques, aux choix politiques d’Ecole et de société, à l’accueil de la diversité et au risque d’un éclatement de l’espèce humaine… Ne parle-t-on pas déjà du « désespècement » ?

Face à ce pessimisme ambiant caractéristique de notre époque, il importe de noter la foi en l’éducation dont fait montre l’auteur à travers ces lignes concluantes : « Je le répéterai sans cesse, l’école n’a certes pas réussi autant qu’on le voudrait, et ne réussira jamais autant qu’on l’espérait, mais elle a progressé (…). Elle n’est pas, comme aiment à le dire certains, proche de l’agonie mais, au contraire, à la recherche d’un nouveau souffle, qui la relancerait et relancerait ses acteurs. Il nous reviendrait alors de l’accompagner. Est-il plus belle tâche pour tous les acteurs du système éducatif. »

Les propositions de l’auteur intéressent l’école obligatoire qui invite à la critique de l’école maternelle, de l’enseignement secondaire et des enseignements supérieurs. Et les thèmes abordés sont d’actualité : la carte scolaire, les concurrences dans le champ de l’éducation, la décentralisation, la formation et le recrutement des enseignants, la gratuité…

C’est rendre hommage à notre ancien Professeur que de terminer sur ce thème fondamental de lien social : il me semble signifier l’intention première de G. Langouët qui ne cesse d’appeler à la solidarité humaine.

Paulette Durizot Jno-Baptiste

Docteur en Anthropologie de l’éducation, chercheur au CRREF de l’IUFM de Guadeloupe, Rectorat de la Guadeloupe, paulette.jno-baptiste@wanadoo.fr

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