TICE et transposition didactique contextualisée : retour d’expérience dans l’enseignement-apprentissage du Français Langue 3 en milieu universitaire arabophone

Carine Zanchi

Citer cet article

Référence électronique

Carine Zanchi, « TICE et transposition didactique contextualisée : retour d’expérience dans l’enseignement-apprentissage du Français Langue 3 en milieu universitaire arabophone », Contextes et Didactiques [En ligne], 5 | 2014, mis en ligne le 15 juin 2015, consulté le 22 février 2019. URL : https://www.contextesetdidactiques.com/684

Au Proche et Moyen-Orient où le français a le statut de langue 3, aucun manuel local n’est disponible et, de facto, tous les manuels utilisés sont des manuels généralistes conçus en France. Concernant cette problématique, une des solutions proposée a été de recourir aux Technologies de l’Information et de la Communication en Éducation (TICE) qui permettent d’adapter l’enseignement-apprentissage en fonction d’un profil d’apprenant précis et de sa culture d’apprentissage-enseignement. Nous voudrions relater une expérience réalisée à l’université Amman Al Ahliyya (Jordanie) où nous avons précédemment enseigné, et évoquer la conception d’outils de formation multimédia et la structuration d’un cours de français facultatif pour débutants. Les résultats de ce travail nous ont permis de voir dans quelle mesure les TICE apportent une réponse à la problématique des contextes d’apprentissage, mais aussi dans quelle mesure elles aident les apprenants arabophones débutants.

In the Near and Middle East, due to a lack of localized or locally produced French as a foreign language textbooks, teachers are limited to using global textbooks developed by French authors for an international audience, rather than materials which are well-adapted to the local educational culture. In this article I show how ICT can be used to adapt instruction to the learning culture of students. The article draws partly on my experience as a lecturer in French at a Jordanian university, where an e-learning French course was implemented which focused on the everyday lives of students, and where ICT proved to be a good means of responding appropriately to Arab students’needs.

1. Introduction

Notre recherche part du constat suivant que nos apprenants arabophones ont de réelles difficultés à utiliser un manuel de langue généraliste dans le cadre de leur Enseignement/Apprentissage (désormais E/A) du Français Langue 3 (désormais FL3). Par utilisation, nous entendons lire un manuel mais également comprendre son discours pédagogique. Ces difficultés ont été l’objet de nombreux questionnements de notre part avant de comprendre qu’autour du manuel de langue, existaient différentes représentations culturelles et pratiques intrinsèques à la culture éducative de notre public cible.

En effet, le manuel est un produit de la transposition didactique (désormais TD) des savoirs, or cette TD est effectuée par des auteurs français et est destinée à un public d’apprenants universel. Par conséquent, cette non centration sur notre public cible à savoir sur ses spécificités culturelles mais également éducatives explique de fait les obstacles à l’apprentissage de nos apprenants ; obstacles qui se révèlent de vrais freins à la diffusion de l’E/A du FL3 en milieu universitaire1.

Notre travail propose une réflexion sur la TD contextualisée dans la lignée des recherches portant sur la contextualisation didactique (Castellotti et Moore, 2008 ; Blanchet, Moore et Asselah Rahal, 2008) et l’usage des manuels généralistes de Français Langue Étrangère (désormais FLE) en contexte arabophone. Nous partons du postulat qu’en raison d’un manque de matériel pédagogique contextualisé à savoir l’absence de manuels contextualisés, seules les Technologies et l’Information et de la Communication en Éducation (désormais TICE) offrent actuellement une réponse adaptée à la problématique de nos apprenants cibles et à leurs spécificités didactiques et créent de facto des tremplins pédagogiques.

Dans cet article, nous nous proposons de faire un retour d’expérience sur une tentative locale de TD contextualisée faite avec les TICE à partir d’un manuel de langue généraliste dans le cadre d’un cours de FL3 pour débutants arabophones. Ce travail se propose également d’être une démarche d’analyse a posteriori de la gestion de cette problématique. Elle se fonde sur l’analyse de terrain. Ce travail veut également mettre en avant l’implication des variables interdidactiques2 dans l’E/A du français et une réflexion sur la façon de créer une didactique contextualisée du FLE avec pour objectif final la création de tremplins d’apprentissage.

2. Retour d’expérience

2.1. Contexte général de ce projet

Dans les universités jordaniennes, l’enseignement se fait uniquement en anglais, ce qui est réellement problématique pour la grande majorité des étudiants inscrits et antérieurement scolarisés dans le système éducatif public avec pour langue d’enseignement l’arabe. Un des principaux problèmes rencontrés est d’ordre linguistique dans la mesure où le niveau des étudiants en anglais est faible à l’oral comme à l’écrit.

Contrairement aux universités françaises qui exigent des étudiants étrangers souhaitant étudier en France, le niveau en français B2 voir le TCF, le TOEFL n’est pas exigé pour entrer à l’université jordanienne. Par conséquent, les étudiants jordaniens éprouvent de réelles difficultés à suivre la formation choisie et de surcroit à utiliser de manière autonome des manuels non arabes.

Ce problème du passage d’un système éducatif à un autre, d’une langue d’enseignement à une autre, à l’utilisation et pratiques d’un manuel arabe à un non arabe, se pose également en français où le manuel de langue n’est autre qu’un manuel de langue généraliste monolingue élaboré par des auteurs français et destiné à un public d’apprenants universel.

2.2. Rappel de la commande

Consciente des difficultés des étudiants en terme d’E/A, l’université jordanienne d’Amman Al Ahliyya (maître d’ouvrage) a décidé de recourir au e-learning et a demandé au personnel enseignant (maître d’œuvre) en collaboration avec l’équipe de designers informatiques de l’université, de concevoir des parcours de formation adaptés aux apprenants en complément des cours en présentiel3. En effet, une des préoccupations de l’université Amman Al Ahliyya était de créer des passerelles d’E/A en utilisant une plateforme e-learning4 :

« L’utilisation des nouvelles technologies multimédias de l’Internet pour améliorer la qualité de l’apprentissage en facilitant d’une part l’accès à des ressources et à des services, d’autre part les échanges et la collaboration à distance. Dans un sens plus large (et plus fréquent), l’utilisation des nouvelles technologies pour l’apprentissage à distance ».

La Jordanie sous l’impulsion de son souverain, sa Majesté Abdallah 2 de Jordanie, a largement introduit les TICE dans le secteur de l’éducation pour un plus large accès à l’information. Le recours au multimédia via les TICE fait partie du quotidien de notre génération d’apprenants cibles, grands utilisateurs de matériel informatique. 

Néanmoins, il nous faut rappeler que les formations à distance ne sont pas reconnues par le ministère de l’éducation jordanien et que par conséquent, seules les formations hybrides c’est-à-dire les « cours qui combinent présentiel et e-learning » sont acceptées.

2.3. Conduite de projet

Sollicitée dans le cadre de la création d’un parcours de formation pour débutant en FLE, nous avons donc occupé les fonctions de maître d’œuvre tout en occupant également les fonctions de concepteur pédagogique, c’est-à-dire :

« personne 1) qui identifie les objectifs (connaissances et compétences) visés et adapte les méthodes et/ou des moyens pédagogiques mis en œuvre pour réaliser la scénarisation pédagogique et 2) qui assure la qualité de la formation mais également de concepteur de contenus : c’est-à-dire qui conçoit la matière pédagogique et la démarche pédagogique nécessaires à la réalisation des contenus ».

Pour connaitre les besoins de formation de ce public, il fallait donc nous intéresser à ses habitudes d’E/A, c’est-à-dire à sa culture éducative.

2.4. Analyse des besoins

Par analyse des besoins, nous nous référons à la définition suivante : « C’est un effort systématique de réflexion, d’observation et de collecte de données (faits, opinions, attitudes) provenant de sources multiples visant à identifier et documenter les écarts (besoins) entre un résultat actuel et un résultat désiré5 ».

Notre expérience de professeure de FLE en contexte arabophone6 nous a été d’une grande utilité pour mener à bien ce projet et pour cibler l’identité de l’apprenant (Pochard, 1994) afin d’identifier des solutions à des problèmes s’inscrivant dans le paradigme de la TD contextualisée.

2.5. Réalisation du projet

Un tel projet s’inscrit dans l’ingénierie de projet qui comprend l’ensemble des phases de réalisation d’une opération, de la décision de la mettre en œuvre jusqu’à sa réception et son suivi. Un bref rappel s’avère nécessaire pour resituer la réalisation de ce projet. La conduite d’un tel projet qui est une gestion de la contextualisation de la TD d’un manuel généraliste de FLE a donné lieu aux interrogations suivantes : comment procéder ? Quels facteurs prendre en compte ? Et comment contextualiser efficacement un E/A pour un public arabophone apprenant le français en contexte exolingue7 ? Cela s’est ensuite traduit par la mise en place de différentes étapes. De fait, ce projet s’inscrit également dans une amélioration de l’offre de formation à l’université Amman Al Ahliyya qui dispose d’un centre e-learning qui prône l’utilisation des nouvelles technologies multimédias de l’Internet pour améliorer la qualité de l’apprentissage à distance.

2.6. Effets de contexte

La prise en compte des effets de contexte sert à expliquer pourquoi le manuel généraliste de FLE est non ou mal maîtrisé par les apprenants arabophones car même si une méthode ou une méthodologie peut être recommandée pour sa plus grande efficacité, il n’en reste pas moins que chaque situation d’E/A s’inscrit dans un contexte d’appropriation bien défini avec des variables à prendre en compte (Hopkins, 1996 ; Courtillon, 2003). En effet, les trois principales variables à prendre en compte sont : la nature et les caractéristiques du public, les objectifs d’apprentissage et les rapports proches ou lointains entre la langue maternelle et la langue cible. Or à l’heure actuelle, le constat est le suivant : la plupart des cours de français reposent pour des raisons économiques sur l’utilisation d’un manuel de langue généraliste conçu par des auteurs français (Courtillon, 2003) qui fait office de syllabus. Ce manuel est harmonisé avec le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues (CECR, cf. Conseil de l’Europe, 2001). Après avoir essayé plusieurs manuels généralistes, notre choix s’est finalement porté sur Initial 1 (Poisson-Quinton et Sala, 2004) qui est harmonisé avec le niveau A1.1 du CECR.

2.6.1. Le public cible

Nos apprenants sont principalement des étudiants captifs qui doivent prendre ce cours de langue comme pré-requis obligatoire faisant partie du plan d’étude de leur diplôme. Du fait de leur scolarité antérieure, ces apprenants sont habitués à une méthode traditionnelle de type instructiviste ou instructionniste d’E/A.

Ce recours au manuel généraliste s’apparente à un nouvel usage et à de nouvelles pratiques du manuel. En effet, jusqu’alors les apprenants étaient habitués à un sens de lecture de droite à gauche et une ergonomie différente du livre. Dans le cas du FLE, ces manuels généralistes mettent en avant des nouvelles théories d’apprentissage axées sur le socioconstructivisme où le sujet construit ses connaissances par une interaction active avec son environnement physique et social8. De fait, l’apprenant n’est pas vu comme un apprenant qui reçoit passivement les connaissances mais comme un acteur participant pleinement à l’acte d’E/A.

Concernant le descriptif du cours de FLE à l’université, ce dernier dure un semestre soit environ 40 heures et sont syllabus repose dans l’absolu sur les trois premières unités9 du manuel Initial 1 qui sont :

  • Unité 1 : se présenter, demander et donner des informations sur soi et sur les autres.

  • Unité 2 : exprimer ses goûts et ses préférences.

  • Unité 3 : demander une information sur un lieu, s’orienter dans l’espace.

Faute de manuels de FLE contextualisés ou locaux adaptés à notre public cible, notre choix s’est finalement porté sur Initial 1. En effet, dans l’avant-propos du manuel, il est rappelé qu’il s’adresse à des adultes ou à de grands adolescents débutants complets. Pour ce qui est des objectifs, c’est une méthode qui propose des éléments de base permettant à des élèves débutants complets de parvenir à une certaine autonomie en français. Elle part de leurs besoins primordiaux et leur donne les outils nécessaires à une communication immédiate. Quant à la démarche10, il est précisé qu’elle s’adresse à des apprenants totalement débutants avec une progression lente : moins d’une trentaine de mots nouveaux par leçon, des éléments de grammaire simples, une approche en spirale et des consignes immédiatement lisibles.

2.6.2. Typologie des difficultés des apprenants jordaniens avec un manuel de langue généraliste

Dans notre contexte, l’apprenant avait des difficultés à se familiariser avec l’utilisation du manuel et faisait face à certaines difficultés d’ordre relevant de l’utilisation du manuel et de la compréhension de son discours de francisation. En un semestre, seules les trois premières unités sur les six que contenait le manuel, étaient péniblement couvertes à savoir : se présenter, demander et donner des informations sur soi et sur les autres et exprimer ses goûts et préférences. La progression de ce public était très lente avec des conditions d’apprentissage différent.

Par ailleurs, l’apprenant ne conçoit pas la langue française comme un outil de communication. Or cette représentation de la langue influe a fortiori sur celle que l’apprenant a du manuel de langue et qui s’apparente à une sorte de « bible des connaissances » à mémoriser pour l’évaluation pratiquée dans le cours.

La notion de représentations culturelles et pédagogiques problématise les relations entre d’une part l’apprenant, sa culture éducative et la culture étrangère enseignée avec une méthodologie d’enseignement différente et d’autre part, entre l’apprenant et son identité, exposé à d’autres valeurs culturelles véhiculées par le manuel.

Dans une recherche précédente (Zanchi, 2007) portant sur la culture éducative d’étudiants débutants bahreïniens11 apprenant le FL3, voici les données de terrain recueillies concernant les habitudes d’E/A (cf. Tableau 1).

Tableau 1 : Les habitudes d’apprentissage chez les étudiants bahreïniens

L’acte d’apprendre

Pour 48,5 %, apprendre signifie faire les exercices et les lectures demandés par le professeur

30,8% mémoriser par cœur le contenu du cours donné par le professeur en vue de l’examen

19,2% traduire mot à mot

35,9% fournir un travail personnel

Attitude en classe de FLE

33.3 % timides

19,2% nerveux

17,9% effrayés

9% honteux

Prendre la parole en classe de langue

47,4% le font par obligation

26,9% refusent catégoriquement de parler

11,5% font exprès de parler très doucement pour que personne ne les entende

46,2% ne veulent pas se sentir embarrassés devant les autres

La langue comme outil de communication

48,7% Apprendre une langue signifie bien connaître la grammaire et la prononciation

12,8% Parler en français en classe n’est pas important puisque je n’utiliserai pas le français en dehors de la classe

12.8%Parler en français en classe me parait artificiel et prétentieux

Trop timide pour parler à haute voix en face des autres 11,5%

3. Cadre théorique

En partant du postulat que la TD opérée par le manuel généraliste n’est pas adaptée à un public arabophone maîtrisant peu ou mal le français, le paramètre « contextualisation » nous a paru évident à l’instar des manuels contextualisés pour procéder à une TD contextualisée. Notre questionnement a d’abord porté sur :

  1. Les formes spécifiques que prend la TD selon la culture de notre pays cible.

  2. Le rapport entre la logique des transformations des savoirs à enseigner au sein du manuel et la contextualisation à opérer grâce aux TICE.

La TD opérée par le manuel de langue généraliste s’apparente à une acculturation des savoirs (Zanchi, 2012) qui met de facto les cultures en relation tout en présupposant que ce contact donne lieu à des modifications ou à des évolutions (Demorgon, 2004). Cette notion d’acculturation est par ailleurs contestée par certains chercheurs (Clanet, 1990) qui lui préfère le concept d’interculturation des savoirs qui pose la problématique du changement culturel résultant du contact entre cultures éducatives ne partageant pas les mêmes références culturelles.

Or devant les effets de contexte, il est important de promouvoir la culture éducative cible et la culture locale pour un meilleur dialogue des cultures éducatives et pour éviter les formes de rejet de la part de l’apprenant en difficulté. Notre constat fut de mettre plus en avant la culture de l’élève et de montrer quelle interaction elle pouvait avoir avec le français, langue-culture cible.

Outre le transfert de pédagogie ou de méthodologie (Abback et Bossuyt, 1983), l’E/A d’une langue comporte une dimension culturelle acquise à travers les textes mais aussi à travers l’ensemble des documents iconographiques. L’altérité c’est-à-dire la présence de la culture de l’autre, se manifeste à travers le manuel de langue et ses représentations culturelles.

Devant notre public cible issu d’une société arabo-musulmane très conservatrice, le déchiffrage culturel découlant de l’interaction entre culture française ou francophone et celle de l’apprenant est réellement problématique en particulier l’aspect iconique, d’où la nécessité de recourir à une TD contextualisée dans les premières unités. Il est important de ne pas susciter des formes de rejet mais d’aider à un déchiffrage progressif des codes culturels français12.

Figure 1 : Photo extraite du manuel Initial 1 (Poisson-Quinton et Sala, 2004) et inimaginable dans un pays de culture arabo-musulmane

Image 1000000000000148000000F7425BFE6A.jpg

3.1. Transposition didactique et manuel généraliste de FLE

Le manuel généraliste avec son alignement sur le CECR, est un outil de standardisation pour l’enseignement des langues (Springer, 2011). Dans l’optique du manuel et avec son approche choisie à savoir l’approche communicative, la langue est vue comme un outil de communication (Moirand, 1990) avec pour objectif de préparer l’apprenant à communiquer en langue étrangère ou dans l’absolu, de vivre une expatriation temporaire ou définitive dans un pays de l’union européenne. Or, dans notre contexte d’E/A, les besoins d’un apprenant du sud n’ont rien à voir avec ceux d’un écolier du nord en référence aux propos de Chaudenson (2008)13. Nous sommes dans une communication exolingue où le français n’a pas le statut de langue véhiculaire contrairement à l’anglais. Le seul usage du français qui a le statut de langue 3 (L3), est dans le secteur du tourisme en raison de la fréquentation francophone.

Enseigner à communiquer en langue étrangère, titre d’un ouvrage de Moirand (1990) résume la problématique à laquelle fait face tout professeur de FLE enseignant auprès d’un public chez qui l’E/A est conçu plutôt comme le fait d’engranger des connaissances et d’être passif. Ce modèle pédagogique s’inscrit dans le modèle instructiviste (Martel, 2002) et instructionniste (Legros, Crinon et Georget, 2000) où l’apprenant est assimilé à « une tête vide » ou à « une boite noire » que le professeur doit remplir. De fait, nos apprenants sont soumis à des chocs interdidactiques intrinsèques à la TD opérée par le manuel de langue riche en informations et qui nécessite pour une meilleure familiarisation des apprentissages précis. Or, le manuel généraliste de FLE se révèle être un nouveau support d’enseignement dans la mesure où avec l’approche communicative, l’oral est privilégié et le passage à l’écrit est rapide. En outre, les documents sont variés : supports authentiques, pédagogisés écrits, oraux et visuels. Le lexique est varié au gré des documents authentiques et des besoins langagiers. L’apprenant doit pour sa part conceptualiser la grammaire, ce qu’il n’a jamais fait auparavant (grammaire explicite).

Pour Quessada et Clément (2007), le manuel est un stade important de la TD entre le savoir à enseigner et le savoir enseigné. Cette notion de TD a été introduite par le sociologue Verret et reprise par Chevallard (1985) qui s’est intéressé à la façon de présenter un contenu spécifique pour qu’il soit accessible à l’apprenant. Ce savoir à enseigner subit dès lors un ensemble de transformations adaptatives qui vont le rendre apte à prendre sa place parmi les objets d’enseignements.

Figure 2 : Adaptation du schéma de la transposition didactique de Chevallard (1985)

Image 10000000000001E70000012764399B64.png

Cette notion de TD transposée en FLE correspond au schéma suivant : le savoir savant consiste à maîtriser la langue grammaticalement, lexicalement etc. Le savoir à enseigner avec l’approche actionnelle est de développer des compétences de réception et de production à l’oral comme à l’écrit (Rosier, 2002). Le but étant d’apprendre aux étudiants à utiliser une langue dans une situation de communication précise comme définie dans les descripteurs du CECR. Par conséquent, la méthodologie est une transposition de savoirs savants. Elle sert de base à la conception de matériels didactiques pour l’enseignement du FLE comme source théorique actuelle le CECR, document officiel du Conseil de l’Europe (Faggion Bergmann, 2009)

Figure 3 : Adaptation du schéma de transposition didactique de Chevallard

Image 2000000C000000BD0000010823B09D69.wmf

Source : Faggion Bergmann, 2009

Si l’on se réfère aux processus d’édition et de publication de manuels, les conditions et contraintes de la production de manuels s’inscrivent dans une approche curriculaire conformément au schéma suivant :

Figure 4 : Le Ninan, Conception de curricula et de programmes, Cours de DESS AIDL 2000-2001 (CLA-Université de Franche-Comté)

Image 10000000000002AB00000217F96BF131.png

3.2. Les TICE dans l’E/A, une solution pour les apprenants jordaniens

Dans notre cas, en raison de la demande des autorités de l’université, notre question était d’utiliser les TICE de manière à ce qu’elles modifient la nature des contenus à enseigner, les modalités d’apprentissage, les acquis, le rapport au savoir et les attitudes des apprenants pour en faire des tremplins à l’E/A.

Notre travail, qui a duré deux années, fut de réfléchir sur la façon d’utiliser les TICE et leurs potentialités pour en faire des aides à l’E/A et sur la manière de les intégrer dans cette TD contextualisée. Pour ce faire, nous avons listé comme suit les difficultés rencontrées par les apprenants dans leur pratique du manuel :

  1. Comment lire un manuel généraliste de FLE est l’un des problèmes rencontrés par nos étudiants. L’organisation interne d’un manuel, répondant à certaines règles souvent non écrites qui en dirigent la lecture, est non familière à nos apprenants. En effet, le manuel est un instrument à maîtriser de la part de l’apprenant (Choppin, 1992). Pour des apprenants arabophones habitués à lire en arabe où les textes écrits occupent une place très importante, un problème de repérage des éléments constitutifs du discours du manuel existe comme le cotexte ou le paratexte. En effet, l’unité de lecture est constituée par la réunion de textes et par la typographie qui participe au sens du discours didactique (Choppin, 1992).

Figure 5 : Présentation d’une double page type dans Initial 1

Image 100000000000023E00000109118FB659.png

  1. La lecture et la compréhension des textes se révèlent difficile dans la mesure où nombreux sont les étudiants à mal maîtriser le français écrit. En effet, pour nos apprenants, l’apprentissage d’une langue nouvelle se double de l’apprentissage d’une écriture nouvelle dans la mesure où la langue cible utilise un alphabet différent de la langue maternelle et un sens de lecture différent mal maîtrisés en langue 2. Pour un usager non expérimenté et non familiarisé avec l’alphabet latin14, l’espace scriptural du manuel généraliste de FLE est façonné par de multiples ruptures typographiques qui donnent à voir une succession, en apparence chaotique, de textes et d’images (Cordier-Gauthier, 2002). L’élément iconique qui complète et illustre le texte, est un outil pédagogique à part entière. Dans le manuel de langue, l’on n’a pas seulement une relation image/texte mais une relation image/texte/mise en œuvre pédagogique, les trois étant étroitement liés. Le contenant du manuel a d’abord été conçu comme facilitateur pédagogique qui peut se révéler si l’utilisateur n’a pas les compétences requises, une source de difficulté bien plus qu’une aide à la compréhension (Choppin, 1992). En effet, parfois les images s’éloignent de leur fonction d’outil pédagogique dans la mesure où elles ne facilitent pas toujours l’accès au sens et que pour être interprétables il faut posséder des références culturelles communes et avoir la même compétence référentielle. Ce recours à une « interculturalité exogène » pour reprendre l’expression de Verdelhan (2005) est problématique. En effet, certaines situations ou activités ne sont pas accessibles aux étudiants dans la mesure où elles n’appartiennent pas à leur vécu puisque nous sommes dans une société arabo-musulmane, comme évoqué ci-dessus, et où les rapports entre homme et femme sont très réglementés et avec des us et coutumes très différents15.

  2. La compréhension du discours pédagogique du manuel. Même si pour les auteurs d’Initial 1, les consignes sont censées être lisibles et compréhensibles pour des débutants complets, la réalité est autre pour nos apprenants. Le manuel utilise comme le mentionne Cordier-Gauthier (2002) un métalangage précis pour mener à bien l’acte d’E/A de la langue. L’apprenant est donc de facto soumis à une exposition discursive franco-française qui consiste à présenter les points de grammaire, les consignes et qui utilise un métalangage grammatical spécifique inconnu des apprenants comme adverbe, adjectif, etc. Par conséquent, très souvent, les apprenants ne peuvent pas faire comme devoirs à la maison des exercices du livre ou du cahier d’exercice faute de n’avoir pas compris la consigne de l’exercice.

3.3. Les TICE et acquisition du FL3 en contexte exolingue

Nombreux sont les travaux qui mettent en avant le rôle des TICE dans l’E/A des langues (Mangenot, 1997, 1999, 2001, 2002 ; Develotte, 1998, 2000 a, 2000b, 2006, 2007 ; Legros, Pudelko, Crinon et Tricot, 2000 ; Legros, Crinon et Georget, 2000 ; Legros, Maitre de Pembroke et Talbi, 2002). Les TICE font partie intégrante de l’acte d’E/A et influent sur la cognition. Elles permettent aux apprenants d’être autonomes, plus responsables de leur apprentissage.

Les TICE peuvent affecter aussi les modes d’acquisition des langues, dans la mesure où la multicanalité et la diversité des ressources virtuelles d’apprentissage brouillent la distinction entre instruction formelle scolaire et appropriation par immersion dans un environnement. De même que, l’hypertextualité, la multicanalité et l’interactivité induisent des processus de production et de réception différents de ceux suscités par le support papier (Develotte, 2000a, 2000b).

Pour concevoir notre cours e-learning comme ressource complémentaire au manuel généraliste, nous nous sommes intéressée au design pédagogique, il s’agissait en effet de tirer parti des différences culturelles entre la culture d’origine de nos apprenants et la culture cible pour favoriser le sentiment de sécurité linguistique et de confiance en soi mais aussi pour mieux diversifier les stratégies d’apprentissage. Il fallait utiliser un design pédagogique qui permette à l’apprenant de surmonter les difficultés listées ci-dessus et qui développe la flexibilité cognitive (Legros et Bounouara, 2009). Le design pédagogique ou scénarisation est un canevas de la scénarisation pédagogique de l’utilisation des TICE en classe pour en faire une méthode d’enseignement : « la conception d’un scénario pédagogique tient compte des dimensions afférentes aux orientations et choix pédagogiques de départ, aux acteurs et à leurs rôles, aux activités ainsi qu’aux outils et processus ». Un scénario pédagogique est en conséquence un document structuré décrivant :

  • Les acteurs : apprenants, formateurs, tuteurs, autres intervenants ;

  • Les buts et objectifs : ce que les apprenants doivent savoir et savoir faire à la fin de la formation et dans quel but ;

  • Les pré-requis ;

  • Les contenus : les éléments du contenu, des connaissances à acquérir ;

  • La méthode pédagogique dominante ;

  • Les techniques utilisées : travail individuel, de groupe, projets, etc. ;

  • Les outils et ressources technologiques : lesquels sont disponibles, comment les intégrer ?

  • Les activités pour chaque étape de l’apprentissage ;

  • La description des séquences et la progression envisagée ;

  • Le dispositif d’évaluation : la forme choisie et les modalités ;

  • L’évaluation (étude de faisabilité du scénario) (Bourdeau et al., 2003).

Comme ce cours e-learning avait une fonction de médiation dans l’apprentissage de l’apprenant puisqu’il s’inscrivait à la base comme matériel complémentaire au cours de français en présentiel, nous avons donc gardé les objectifs du manuel Initial16 que nous avons contextualisés à l’environnement quotidien de l’apprenant c’est-à-dire l’université Amman Al Ahliyya.

Dans le cadre de notre travail de TD contextualisée, notre intervention s’est faite au niveau des besoins de formation, progression, supports, activités et évaluation. Davin-Chnane (2004) recommande de favoriser l’émergence d’un E/A pluriel par la pluralité des supports et des contenus, qui répond à la diversité des apprenants en proposant des outils permettant l’aide à la compréhension ainsi que des tâches plus faciles à réaliser par les étudiants et qui prennent en compte leurs styles d’apprentissage17. L’apprenant est confronté à la culture cible par sa rencontre avec des Français ou des francophones, situation proche du vécu des étudiants dans la mesure où très peu d’entre eux s’expatrieront dans un pays francophone.

Pour un meilleur accès au sens, il était important de recourir au préalable à une « interculturalité endogène » (Verdelhan, 2005) ou de « faire du français en contexte endoculturel » (Faggion Bergmann, 2009) afin de permettre une meilleure identification des apprenants au contenu linguistique et culturel. Tous les acteurs des scénarios sont représentés dans les énoncés ou les images et sont également identifiables.

Figure 6 : Extrait du cours e-learning pour arabophones

Image 100000000000022B000001C654DADC6E.png

Chaque unité était divisée en 4 modules :

  • Module 1 : Introduction des savoir-faire langagiers à acquérir à travers des scénarios d’apprentissage en contexte en recourant à la multimodalité et avec mise à la disposition d’un précis grammatical et un lexique.

  • Modules 2, 3 et 4 : ces objectifs étaient retravaillés à travers les compétences suivantes qui prenaient en compte les spécificités socio-culturelles et cognitives des apprenants : compréhension écrite et orale et production écrite.

3.4. Hybridation des méthodes d’E/A du FL3

Comme nous l’avons mentionné ultérieurement, une TD contextualisée nous semblait la réponse à la problématique de nos apprenants. Ceci signifiait également favoriser une interculturation limitant les effets de contexte.

Le tableau de Martel18 sur « les principes d’E/A des pratiques selon les constructivismes et les instructivismes » illustre fort bien le choc interdidactique subi par l’apprenant lors de l’utilisation du manuel. Le modèle instructionniste, qui est le modèle de référence dans les pays arabophones est centré sur l’apprenant. Pour limiter les effets de contexte, notre cours e-learning a été conçu avec un design pédagogique mixte : instructionniste et constructiviste dans la volonté de créer les conditions d’un design efficace. Le but étant d’amener l’apprenant jordanien à comprendre que dans un apprentissage efficace, il n’est pas un récipient qui reçoit et accumule des informations mais plutôt un acteur actif qui participe à la construction active de ses connaissances et de ses savoir-faire.

Tableau 2 : Les pratiques d’enseignement dans les pays arabes

Théorisation du design pédagogique avec :

Pratiques constructivistes

Pratiques instructivistes ou instructionnistes

Dimensions individuelles

Rôle de l’apprenant

L’apprenant a le rôle de constructeur actif de connaissances et de collaborateur.

L’apprenant a le rôle de personne qui écoute.

Conception de l’apprentissage

L’information est transformée en connaissance et sens et qui est réutilisable en contexte.

L’information s’apparente à une accumulation de savoirs en vue de l’évaluation normative : quiz, partiels.

Type d’environnement

De soutien en complément du cours.

Hiérarchique.

Type de curriculum

Riche en ressources, autour d’activités très variées ludiques.

Fournit l’accès à l’information sur demande : l’apprenant peut choisir de travailler telle compétence en raison de la délinéarisation du cours.

Pré-établi (avec une linéarisation du cours) et figé, fournit les informations à savoir.

Preuve de succès

Qualité de la compréhension (exercices de compréhension orale avec des feedbacks) et construction des connaissances observable en situation de production écrite.

Réussite aux QCM et exercices structuraux.

Evaluation

Evaluation formative avec feedbacks, avec pour but la construction des compétences.

En référence à l’information, tests à questions courtes.

Dimensions sociales

Conception des savoirs

Processus dynamique, interactif et évolutif.

Vérité statique pouvant être acquise une fois pour toute.

Rôle de l’enseignant

Collaborateur et facilitateur dans l’acte d’apprentissage.

Expert, transmetteur de connaissances.

Accent sur l’enseignement

Création de savoir-faire.

Mémorisation et accent mis sur l’information.

Il est cependant illusoire de croire qu’à l’issue des 40 heures de cours, des apprenants scolarisés jusqu’ici dans le modèle instructionniste véhiculé par le système éducatif public jordanien vont adopter une nouvelle habitude d’E/A. Néanmoins, au contact d’une nouvelle culture éducative plus précisément d’une nouvelles méthodologie d’enseignement, ce contact contribue à l’émergence d’une nouvelle culture chez certains apprenants qui vont « s’interculturer » et changer leurs habitudes d’apprentissage (Zanchi, 2009, 2012).

3.5. Nouvelles modalités d’apprentissage

Ce recours à la multimodalité, caractéristique essentielle des outils multimédias et cette possibilité de la présentation conjointe du son, de l’écrit, du graphique, de l’image fixe et animée, a un effet sur la facilitation du traitement de l’information (Legros, Crinon et Georget, 2000) ou comme favorisant l’apprentissage (Hamon, 2007) :

« En effet, combiner les modalités graphiques et auditives permet une meilleure performance que la présentation de graphique ou de texte seuls, qu’il s’agisse de la réception de messages ou de la production. »

En raison de notre public, ayant grandi avec les outils multimédia, nous sommes partie du postulat suivant en nous basant sur les travaux réalisés sur les apports de la multimodalité (Legros, Crinon, Georget, 2000 ; Legros et Maitre de Pembroke, 2001 ; Hamon, 2007) que les animations, images et dialogues utilisés à des fins d’apprentissage permettraient un meilleur accès au sens que les images statiques. La multimodalité renvoie à la perception et au traitement d’informations qui ont un format lexical, iconique ou sonore. L’élément iconique devient un élément animé étroitement associé à l’élément textuel avec des énoncés contextualisés.

4. Prototype

Ce cours se présente sous une nouvelle ergonomie didactique. Comme le rappelle Jullia-Céric (2002) : « le document hypermédia constitue un méta-document, c’est plus qu’un livre ou un cours ». Ce cours multimédia propose une ergonomie didactique différente du manuel ordinaire avec la présence d’hypertextes. L’apprenant utilisateur, le lecteur, a son cours mais aussi son dictionnaire, les corrigés, les exercices etc. Tout ceci prend la forme d’une arborescence avec une succession de blocs d’information visibles (compétences à travailler) par l’apprenant qui s’inscrivent dans un dispositif communicationnel dans la mesure où ils constituent grâce à des parcours tracés par l’hypertexte un discours pédagogique qui rompt avec la linéarité.

La présence d’hypertextes dans les énoncés crée de facto un nouveau discours et participe à la transmission des connaissances donc à l’acquisition de la langue. L’apprenant n’est plus un simple apprenant : « l’apprenant n’est plus un simple lecteur, un auditeur, un spectateur c’est l’utilisateur d’un dispositif technique et communicationnel. La connaissance se construit par touches » (Jullia-Céric, 2002). Dans notre cas, ce cours e-learning peut être utilisé aussi bien de façon linéaire en suivant le déroulement des modules proposés évoqués ci-dessus ou de façon délinéaire en fonction de l’autonomisation de l’apprenant dans le cadre de l’autoformation.

4.1. Le discours multimédia : un nouveau discours de transmission des connaissances

L’apprenant est soumis à une nouvelle exposition discursive avec des énoncés et un métadiscours très accessibles pour lui permettre de mettre en place des stratégies de facilitation de la compréhension et donc de contourner les problèmes d’incompréhension. Ces discours didactiques ou ces nouvelles productions discursives sont produits dans une situation précise afin de transmettre des connaissances et avec pour objectif de faire apprendre (Beacco et Moirand, 1995). Cette production discursive grâce à la multicanalité se compose de divers éléments, comme mise en média, la mise en écran, la mise en texte, et permet un entrainement auditif et visuel. Avec les TICE, un nouvel espace d’exposition discursive voit le jour que Develotte (1998) assimile à un nouvel environnement d’énoncés auquel sont exposés les acteurs du système éducatif considéré :

« ces discours multimédia constituent un nouveau type de discours à exploiter dans l’E/A des langues. En effet, leur structuration hypertextuelle, la coprésence son/texte/image, la possibilité de jouer sur la simulation de situation de communication etc. font des supports multimédias des objets discursifs qui induisent des processus cognitifs spécifiques de la part de l’utilisateur » (Develotte, 1998).

4.2. Prototype du produit final pour une meilleure appropriation et construction des connaissances via les TICE

De nombreuses activités sont proposées afin d’aider l’apprenant dans son apprentissage et qui font appel à tous les sens : l’écoute mais aussi le toucher avec des exercices glisser et déposer. Des « rétroactions » interactives sont également proposées afin de s’auto-évaluer pour mesurer ses progrès et de vérifier sa compréhension en langue étrangère. Il est important de créer des conditions d’apprentissage pour privilégier la construction du sens et engager les étudiants dans des micro-tâches. L’étudiant dispose de la retranscription de tous les dialogues qu’il peut réécouter à sa guise tout en disposant d’un glossaire trilingue accessible grâce à des hyperliens disponibles. Un précis grammatical est également mis à sa disposition pour l’aider dans ses révisions.

Figure 8 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Image 10000000000002080000017702E245E0.png

Les caractéristiques de ce support internet sont :

  • Des textes, lexique, grammaire etc. disponibles en ligne.

  • Des centaines d’activités différentes et ludiques proposées pour travailler les quatre compétences. Pour un meilleur apprentissage individualisé, des feedbacks sont donnés avec la possibilité de recommencer deux fois avant d’avoir la correction.

  • Des dialogues retranscrits faciles à comprendre et proches du vécu de l’apprenant avec possibilité de réécoute.

  • Des consignes écrites de façon à être comprises.

  • Tous les styles d’apprentissage19 (visuel etc.) sont réunis ainsi qu’un autre style d’enseignement pour réussir une pédagogie différenciée. Les micro-tâches se rapprochent du vécu de l’étudiant.

  • Des ressources complémentaires sont mises à la disposition des apprenants grâce à la présence d’hyperliens.

  • Les tâches de production écrite sont à envoyer directement au professeur pour correction.

Figure 9 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Image 10000000000001F200000177DF8BB56E.png

Figure 10 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Image 100000000000020B000001A8369A6F10.png

Les caractéristiques de ce nouveau discours multimédia sont :

  • La multi modalité et l’hypertextualité, l’interactivité ;

  • La coexistence phonie-graphie ;

  • L’absence de paratexte ;

  • Un métalangage simplifié, moins d’exposition discursive ;

  • De nouvelles formes de lecture grâce à une interface adaptée ;

  • De nouvelles relations interactives avec l’interacteur, plus attractif et adapté à son profil ;

  • L’aspect ludique avec des personnages se rapprochant des personnages de B.D ;

  • Une modélisation des consignes et des explicitations avec validation, relance, étayages et encouragement.

5. Conclusion

À l’heure de la mondialisation éducative et de la prépondérance du CECR dans l’élaboration du manuel généraliste de FLE, mais également dans la certification, l’impératif commercial prévaut puisque :

« tous les manuels qui doivent se vendre, ont fini par adopter cette approche en préparant à la fin de chaque unité aux certifications du CIEP : on assiste ainsi à une demande sociale utilitaire de certification en langues. L’objectif n’est plus tant de se faire plaisir en allant vers l’autre mais d’obtenir le certificat convoité » (Springer, 2011).

Or une des spécificités de ces manuels, c’est leur prêt à l’emploi quel que soit le public d’apprenants cibles : « la diversité des contexte d’apprentissage met évidemment à l’épreuve une didactique du français qui a eu quelque tendance à se poser comme didactique universelle d’une langue de l’universel » (Coste, 2006). À la question existe-t-il un rapport entre contextualisation et mondialisation ? Pour Blanchet (2009), la contextualisation s’oppose à une standardisation de masse et correspond à une facette de l’exception culturelle. Malgré toute la recherche portant sur la contextualisation didactique (Galisson, 1991 ; Blanchet et Chardenet, 2011), le constat actuel est que sur le terrain du FLE, les outils servant à l’E/A ne sont pas adaptés aux situations éducatives des pays cibles. Il serait intéressant de s’y intéresser : pourquoi peu de personne s’interrogent-elles sur la manière d’aborder un contexte national pour y diffuser le français, tout en utilisant un manuel généraliste de FLE de façon adaptée ? Et surtout, comment procéder et quels facteurs prendre en compte pour pouvoir contextualiser efficacement un E/A reposant sur un manuel généraliste qui est un pur produit de la TD occidentale ? Or, cette TD se veut universaliste et vise tout public d’apprenants quel que soit ses spécificités éducatives. Pour des cultures éducatives éloignées du modèle occidental, ce type de TD est inaccessible puisque inadaptée. Elle constitue de fait un frein à l’E/A du FL3.

Un nouveau paradigme s’impose avec force sur le terrain de l’E/A du FL3 à savoir la TD contextualisée qui correspond à un réel besoin. Même si dans certains pays20, ce paradigme n’est pas vraiment nouveau si l’on se réfère à la conception de manuels de FLE contextualisés à des publics cibles, elle ne concerne cependant que certains pays qui disposent de différentes ressources : matérielles, humaines et financières. Or, cette solution pourrait être fortement envisagée au Proche et Moyen-Orient qui constitue un ensemble homogène en termes de besoins linguistiques et culturels et dispose de didacticiens confirmés (Odeh et Zanchi, 2011). En raison de la démocratisation et de la massification de l’outil multimédia, les TICE et leurs énormes potentialités dans l’E/A des langues, jouent un rôle pour parvenir à une TD contextualisée.

Par ailleurs, l’apprenant trouve dans l’usage des TICE, un accès immédiat et infini aux savoirs et des situations authentiques de communication. Cela ne signifie nullement la mort du manuel pour reprendre le titre d’un article de Debyser (1973) car dans notre cas, ce cours e-learning est complémentaire au manuel et s’apparente à une tentative de réponse locale à la problématique de la TD contextualisée de l’E/A du FL3 dans une institution précise. À l’université jordanienne d’Amman Al Ahliyya, notre conduite de projet nous a permis de concevoir un prototype final mais la partie évaluation du produit final a été absente. Une évaluation du cours serait cependant souhaitable. L’objectif étant de faciliter l’E/A du FL3 auprès des apprenants arabophones en mettant à leur disposition un outil pédagogique, facile d’accès et non onéreux, adapté à leur profil d’apprentissage et à leur réalité quotidienne.

Pour finir, nous insistons sur l’importance de la TD contextualisée dont l’un des objectif est de rassurer l’apprenant dans son E/A mais, également sur du long terme, d’assurer la survie des cours d’introduction du FL3 dans les universités arabes, le français se trouvant actuellement en forte concurrence avec d’autres langues récemment introduites à savoir : le chinois, l’espagnol et l’italien. Enfin, il nous semble primordial pour l’avenir de la diffusion de la langue française au Proche et Moyen-Orient, de réellement s’atteler à cette problématique de TD contextualisée en milieu arabophone par la conception soit d’un manuel contextualisé soit d’un cours e-learning de FL3 pour débutants. La balle est dans le camp des décideurs politiques arabes et des services de coopération et d’action culturelle (SCAC) des ambassades de France.

1 Le cours de français niveau 1 étant perçu comme difficile, par conséquent très peu d’étudiants veulent poursuivre leur apprentissage de la langue

2 Selon Puren (2005) l’interdidacticité coïncide avec la reconnaissance des spécificités propres aux processus d’enseignement-apprentissage de langues

3 http://vclass.ammanu.edu.jo/course/category.php?id=2

4 http://elearning-concepts.com/glossaire_foad_definition-en.htm

5 http://www.ad-venir.fr/besoin-formation-0

6 Depuis 2002, nous travaillons au Proche et Moyen-Orient dans le cadre de la diffusion du FL3.

7 Le terme exolingue quant à lui renvoie « à la notion de communication qui se réfère à la façon dont un locuteur communique dans une langue qui lui

8 cf. Tableau de Martel A. (2002) Constructivisme et formation à distance consultable en ligne www.refad.ca/recherche/constructivisme/constructivisme.

9 cf. Tableau des contenus du manuel Initial 1 (cf. Annexe 2).

10 Avant-propos (Poisson-Quinton et Sala, 2004)

11 La culture éducative jordanienne et bahreïnienne sont proches du fait de leur appartenance à la culture arabo-musulmane.

12 Le manuel Initial 1 est également utilisé au Qatar, mais à la demande des autorités locales, il a subi des modifications iconiques dans la mesure

13 Chaudenson, Appropriation du français et pédagogie convergente dans l’océan indien, Séminaire international de Sainte-Lucie (10-14 mars 2008)

14 Nos apprenants peinent à utiliser l’anglais comme passerelle d’E/A du FLE.

15 Pour illustrer nos propos, il faut savoir que dans les milieux conservateurs arabo-musulmans, aller au cinéma est interdit en particulier pour les

16 Cf. Annexes

17 Le style d’apprentissage d’un individu est défini par des comportements distinctifs sur les plans cognitif, affectif, physiologique et sociologique

18 Cf. Annexes.

19 Le style d’apprentissage d’un individu est défini par des comportements distinctifs sur les plans cognitif, affectif, physiologique et sociologique

20 Pour n’en citer que quelques uns : Etats-Unis, Angleterre, Grèce, Chine, Japon.

Abback, I. et Bossuyt, M. (1983). Transfert de pédagogie : pour qui ? Jusqu’où ? Comment ? Le Français dans le Monde, 1789, 77-80.

Beacco, J.-C. et Moirand, S. (1995). Autour des discours de transmission de connaissance. Langages, 117, 32-53.

Blanchet, P., Moore, D. et Asselah Rahal, S. (2008). Perspectives pour une didactique des langues contextualisée. Paris : AUF, Archives contemporaines.

Blanchet, P. (2009). Contextualisation didactique : de quoi parle-t-on ? Le Français à l’université. Disponible sur : http://eprints.aidenligne-francais-universite.auf.org/147/.

Blanchet, P. et Chardenet, P. (dir.) (2011). Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées. Paris : Éditions des archives contemporaines.

Bourdeau, J., Minier, P. et Brassard, C. (2003). Scénarisation interactive en téléapprentissage universitaire. Dans C. Daudelin et T. Nault (dir.), Collaborer pour apprendre et faire apprendre : la place des outils technologiques (p. 7-26). Montréal : Presses Universitaires du Québec.

Castellotti, V. et Moore, D. (2008). Contextualisation et universalisme : quelle didactique des langues pour le 21e siècle ? Dans P. Blanchet, D. Moore et S. Asselah-Rahal (dir.), Perspectives pour une didactique des langues contextualisée. Paris : AUF, Éditions des archives contemporaines.

Chevallard, Y. (1985). La transposition didactique : du savoir savant au savoir enseigné. Grenoble : La Pensée Sauvage.

Choppin, A. (1992). Les Manuels scolaires, histoire et actualité. Paris : Hachette Éducation.

Clanet, C. (1990). L’interculturel. Introduction aux approches interculturelles en Education et en Sciences Humaines. Toulouse : Presses universitaires du Mirail.

Conseil de l’Europe (2001). Le Cadre Européen de Référence pour les langues. Paris : Didier.

Cordier-Gauthier, C. (2002). Les éléments constitutifs du discours du manuel. Revue de didactologie des langues-cultures, 125, 25-36.

Coste, D. (2006). Pluralité des langues, diversité des contextes : quels enjeux pour le français ? Dans V. Castellotti et H. Chalabi (dir), Le français langue étrangère et seconde. Des paysages didactiques en contexte (p. 11-25). Paris : L’Harmattan, collection Espaces discursifs.

Courtillon, J. (2003). Elaborer un cours de FLE. Paris : Hachette.

Cuq, J.-P. (dir.) (2003). Dictionnaire de didactique du Francais. Langue étrangère et seconde. Paris : Clé international-ASDIFLE.

Davin-Chnane, F. (2004). Le français langue seconde (FLS) en France : appel à l’interdidacticité. Etudes de linguistique appliquée, 133, 67-77.

Debyser, F. (1973). La mort du manuel ou le déclin de l’illusion méthodologique. Le francais dans le monde, 100, 63-68.

Demorgon, J. (2004). Complexité des cultures et de l’interculturel, contre les pensées uniques. Paris : Anthropos.

Develotte, C. (1998). Nouvelles technologies/nouveaux discours dans l’enseignement-apprentissage des langues. Études de linguistique appliquée, 112, 421-434.

Develotte, C. (2000 a). Analyse et usages des supports multimédias : de nouveaux terrains de recherche en didactique des langues. Dans A. Borrell et N. Koulayan (dir.), Cahiers du C.I.S.L., 15 (p. 17-37). Actes du colloque international « Le multimédia et l’apprentissage du français langue étrangère et/ou seconde : de l’expérimentation à la réalité dans l’espace francophone ». Toulouse : Université de Toulouse-le Mirail,

Develotte, C. (2000b). Propositions pour l’analyse des discours multimédias : l’exemple de deux articles encyclopédiques dans Multimédia : les mutations du texte Dans T. Lancien, (dir.), Multimédia : les mutations du texte (p. 119-139). Fontenay-aux-Roses : ENS Editions.

Develotte, C. (2006). L’espace d’exposition discursive dans un campus numérique. Le français dans le monde. Recherches et applications, 40, 88-100.

Develotte, C. (2007). Aspects interculturels de l’enseignement/apprentissage en ligne. Dans L. Collès, C. Develotte, G. Geron, et F. Tauzer-Sabatelli (dir.), Quelle didactique de l’interculturel dans les nouveaux contextes du FLE/S ? (p. 227-240). Cortil-Wodon, EME et InterCommunications.

Faggion Bergmann, J. (2009). Manuel et transposition dans l’enseignement des langues : entre savoirs à enseigner, savoirs enseignés et savoirs appris, le manuel comme instrument de motivation. Étude d’un exemple dans l’enseignement actuel du français langue étrangère au Brésil. Thèse de doctorat non publiée. Lyon : Université Lyon 2.

Galisson, R, (1991). De la langue à la culture par les mots. Paris : Clé International.

Hamon, L. (2007). Inventaire d’aides dans les environnements multimédias d’apprentissage et propositions d’aides multimodales. Apprentissage des langues et systèmes d’information et de communication, 10 (1), 111-127. Disponible en ligne sur  : http://alsic.u-strasbg.fr/v10/hamon/alsic_v10_12-rec7.htm.

Hopkins, A. (1996). Guide à l’usage des auteurs de manuels et de matériel pédagogique. Strasbourg : Conseil de l’Europe.

Jullia-Céric, P. (2002). Comment délinéariser le discours pédagogique ? Le problème de l’architecture hypermédia comme faux problème. Disponible en ligne sur : http://www.shihab.fr/realisation/web/revue_homme/DOMAINES/FormationetEnseignement/Articles/dlinaris.pdf

Keefe, J. W. (1979). Learning style : An overview. Dans NASSP’S student learning styles : diagnosing and proscribing programs (p. 1-17). Reston, V : National association of secondary schools principals

Legros, D., Pudelko, Crinon et Tricot (2000). Les effets des outils et des systèmes multimédias sur la cognition, l’apprentissage et l’enseignement. Education et formation, 56, 77-84.

Legros, D., Crinon, J. et Georget, P. (dir.) (2000). Les effets des systèmes et des outils multimédias sur la cognition, l’apprentissage et l’enseignement. Rapport du CNCRE (Comité national de coordination de la recherche en éducation).

Legros, D. et Maître de Pembroke, E. (2001). Multimédia, multimodalité et construction des connaissances. Dans J. Crinon et F. Gautellier (dir.), Apprendre avec le multimédia et Internet (p. 193-202). Paris : Retz.

Legros, D., Maitre de Pembroke, E. et Talbi, A., (2002). Théories d’apprentissage et multimédias Dans D. Legros et J. Crinon (dir.), Psychologie des apprentissages et multimédia (p. 23-39). Paris : Armand Colin.

Legros, D. et Bounouara (2009). Cognition et apprentissage-enseignement en contexte numérique plurilingue. Dans D. Legros et Mecherbet (dir.), Cognition de la didactique et de la compréhension et de la production d’écrit en FLE/S en contexte plurilingue et diglossique (p. 1-9). Tlemcen : Konouz Édition.

Mangenot, F. (1997). Le multimédia dans l’enseignement des langues. Dans Crinon et Gautellier (dir.), Apprendre avec le multimédia, Où en est-on ? (p. 119-134). Paris : Retz.

Mangenot, F. (1999). L’intérêt pédagogique des mondes virtuels. Dans J. Anis (dir.), Internet, communication et langue française (p. 93-111). Paris : Hermès.

Mangenot, F. (2001). Multimédia et apprentissage des langues. Dans J. Crinon et C. Gautellier (dir.), Apprendre avec le multimédia et Internet (p. 59-74). Paris : Retz.

Mangenot, F. (2002). L’intégration institutionnelle et pédagogique des TIC. Dans J. Crinon et D. Legros (dir.), Psychologie des apprentissages et multimédia (p. 169-184). Paris : Armand Colin.

Odeh, A et Zanchi, C. (2011). Choix, adaptation et contextualisation du manuel de FLE pour les apprenants arabophones. Language, Literature and Cultural studies, 4(1), 135-149.

Piccardo, E. et Yaïche, F. (2005). Le manuel est mort, vive le manuel ! : plaidoyer pour une nouvelle culture d’enseignement et d’apprentissage. Études de linguistique appliquée, 140, 443-458. Disponible en ligne : www.cairn.info/revue-ela-2005-4-page-443.htm.

Pochard, J. C. (dir.) (1994). Profils d’apprenants. Dans Actes du IXe colloque international « Acquisition d’une langue étrangère : perspectives et recherches ». Saint-Etienne : Presses Universitaires de Saint-Etienne.

Poisson-Quinton, S. et Sala, M. (2004). Initial 1, Méthode de français. Paris : Clé International.

Puren, C. (2005). Interculturalité et interdidacticité dans la relation enseignement-apprentissage en didactique des langues-cultures. Études de Linguistique Appliquée, 140, 491-512.

Quessada, M.-P. et Clément, P. (2007). Les origines de l’homme dans les manuels scolaires français de sciences aux XIXe et XXe siècles : interactions entre connaissances, valeurs et contexte socioculturel. Dans M. Lebrun (dir), Le manuel scolaire : d’ici et d’ailleurs, d’hier a demain. Québec : Presses de l’université du Québec, cédérom.

Rosier, J.-M. (2002). La didactique du français. Paris : Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?

Springer, C. (2011). CECR : standardisation ou diversification pédagogique ? Communication et article présenté au colloque international « Cadre Européen Commun de Référence et Enseignement du Français en Corée » de la Société Coréenne d’Enseignement de Langue et de Littérature Françaises, Séoul 8 octobre 2011. Disponible en ligne : http://springcloogle.blogspot.com/2011/10/cecr-standardisation-ou-diversification.html

Verdelhan-Bourgade, M. (2005). L’interculturalité en français langue seconde : une prise en compte malaisée. Dans Actes du Colloque international « Quelle didactique de l’interculturel ? ». Louvain : UCL.

Zanchi, C. (2007). Représentations et attitudes des étudiants bahreïniens face à l’E/A du FLE avec une enseignante native. Mémoire de Master non publié. Paris : Université de Paris 8.

Zanchi, C. (2009). L’adaptation du manuel de français langue étrangère généraliste en contexte arabophone pour étudiants. Une nécessité pour une meilleure diffusion des cours de français pour débutants dans les universités arabes ! 5e journée d’études Pierre Guibbert- Manuels scolaires en usage et usage des manuels. Disponible en ligne : http://www.montpellier.iufm.fr/internet/site/recherche/img_recherche/cedrhe/jepg/jepg_id_8.pdf.

Zanchi, C. (2012). Manuel généraliste de FLE et phénomène d’acculturation : cas des apprenants jordaniens. Revue Chemins actuels, 73.

Annexe 1 : Tableau des principes d’enseignement/apprentissage des pratiques selon les constructivismes et les instructivismes (Martel, 2002)

 

Pratiques constructivistes

Pratiques instructivistes

(en raison de la prédominance qu’ils accordent à l’instruction plutôt qu’à l’apprentissage)

Dimensions individuelles

1. Rôle de l’apprenant

Constructeur actif de connaissances

Collaborateur parfois un expert

Personne qui écoute

Toujours un apprenant

2. Conception de l’apprentissage

Transformation de l’information en connaissance et sens

Accumulation de l’information

3. Fondements cognitifs

Interprétation basée sur les pré-connaissances et les croyances

Accumulation basée sur l’information précédemment acquise

4. Types d’activités

Centrées sur l’apprenant, variées, selon les styles d’apprentissage

Relation interactive

Centrées sur l’enseignant

Relation didactique

Même exercice pour tous les apprenants

5. Type d’environnement

De soutien

Hiérarchique

6. Type de curriculum

Riche en ressources, autour d’activités

Fournit l’accès à l’information sur demande

Pré-établi et figé, fournit les seules ressources nécessaires

7. Preuve de succès

Qualité de la compréhension et construction de connaissances

Quantité d’informations mémorisées

8. Flux des activités

Auto-dirigé

Linéaire et dirigé par l’enseignant

9. Évaluation

En référence aux compétences développées portfolios

En référence à l’information

Tests à questions courtes/Tests standardisés

Dimensions sociales

1. Conception des savoirs

Comme un processus dynamique qui évolue dans le temps et dans une culture donnée

Une vérité statique qui peut être acquise une fois pour toute, indépendamment de l’apprenant

2. Rôle de l’enseignant(e)

Collaborateur, facilitateur, parfois un apprenant

Expert, transmetteur de connaissances

3. Accent de l’enseignement

Création de relations

Réponse à des questions complexes

Mémorisation

Accent sur l’information

4. Actions principales

Mis sur le travail en coopération

Développement de projets et résolution de problèmes

Lectures et exercices individuels

5. Modèle social

Communauté, sens de l’appartenance
Personnes qui agissent sur leur propre environnement et n’en sont pas seulement dépendants

Développement de l’autonomie, métacognition et réflexion critique

Salle de classe
Apprenants comme récipiendaires de connaissances transmises

6. Rôle du ludique

Jeu et expérimentation comme des formes valables d’apprentissage

Jeu = perte de temps

Expérimentation limitée

Outils et technologies

Variés : ordinateurs, lecteurs vidéo, technologies qui engagent l’apprenant dans l’immédiat de leur vie quotidienne, livres, etc.

Papier, crayon, textes, quelques films, vidéos, etc.

Annexe 2 : Tableau des contenus du manuel Initial 1 (Poisson-Quinton et Sala, 2004)

Image 10000000000002EA0000017F5F2FA1AA.png

Image 10000000000002E5000001A3E544D05D.png

Image 10000000000002F200000160F79436DE.png

Image 10000000000002E2000001893B4F765C.png

Image 10000000000002EC0000023A4EC93FB0.png

Image 10000000000002940000015F270C7AE1.png

1 Le cours de français niveau 1 étant perçu comme difficile, par conséquent très peu d’étudiants veulent poursuivre leur apprentissage de la langue dans le cadre du cours français 2.

2 Selon Puren (2005) l’interdidacticité coïncide avec la reconnaissance des spécificités propres aux processus d’enseignement-apprentissage de langues différentes. En effet, un contact entre didactiques différentes c’est-à-dire des ensembles complexes dans lesquels les stratégies de chacun des acteurs - enseignants et apprenants -relèvent d’un système dont font indissociablement partie leurs personnalités, leurs expériences d’enseignement et d’apprentissage et leurs objectifs ainsi que leurs représentations de ce qu’est une langue, une culture étrangère et le processus de leur enseignement/apprentissage.

3 http://vclass.ammanu.edu.jo/course/category.php?id=2

4 http://elearning-concepts.com/glossaire_foad_definition-en.htm

5 http://www.ad-venir.fr/besoin-formation-0

6 Depuis 2002, nous travaillons au Proche et Moyen-Orient dans le cadre de la diffusion du FL3.

7 Le terme exolingue quant à lui renvoie « à la notion de communication qui se réfère à la façon dont un locuteur communique dans une langue qui lui est étrangère ou non maternelle mais également à la façon dont un locuteur natif communique dans sa propre langue maternelle avec un interlocuteur non natif de la même langue (Cuq, 2003)

8 cf. Tableau de Martel A. (2002) Constructivisme et formation à distance consultable en ligne www.refad.ca/recherche/constructivisme/constructivisme.html (cf. Annexe 1).

9 cf. Tableau des contenus du manuel Initial 1 (cf. Annexe 2).

10 Avant-propos (Poisson-Quinton et Sala, 2004)

11 La culture éducative jordanienne et bahreïnienne sont proches du fait de leur appartenance à la culture arabo-musulmane.

12 Le manuel Initial 1 est également utilisé au Qatar, mais à la demande des autorités locales, il a subi des modifications iconiques dans la mesure où des photos ou des scènes (femmes bras nus, verre d’alcool, etc.) avaient été jugées non respectueuses des mœurs locales. L’Éditeur Clé International a donc commercialisé Initial 1 version Qatar.

13 Chaudenson, Appropriation du français et pédagogie convergente dans l’océan indien, Séminaire international de Sainte-Lucie (10-14 mars 2008)

14 Nos apprenants peinent à utiliser l’anglais comme passerelle d’E/A du FLE.

15 Pour illustrer nos propos, il faut savoir que dans les milieux conservateurs arabo-musulmans, aller au cinéma est interdit en particulier pour les filles.

16 Cf. Annexes

17 Le style d’apprentissage d’un individu est défini par des comportements distinctifs sur les plans cognitif, affectif, physiologique et sociologique ; ces comportements servent d’indicateurs relativement stables de la façon dont cet individu perçoit et traite l’information, interagit et répond à l’environnement d’apprentissage (Keefe, 1979).

18 Cf. Annexes.

19 Le style d’apprentissage d’un individu est défini par des comportements distinctifs sur les plans cognitif, affectif, physiologique et sociologique ; ces comportements servent d’indicateurs relativement stables de la façon dont cet individu perçoit et traite l’information, interagit et répond à l’environnement d’apprentissage (Keefe, 1979).

20 Pour n’en citer que quelques uns : Etats-Unis, Angleterre, Grèce, Chine, Japon.

Figure 1 : Photo extraite du manuel Initial 1 (Poisson-Quinton et Sala, 2004) et inimaginable dans un pays de culture arabo-musulmane

Figure 1 : Photo extraite du manuel Initial 1 (Poisson-Quinton et Sala, 2004) et inimaginable dans un pays de culture arabo-musulmane

Figure 2 : Adaptation du schéma de la transposition didactique de Chevallard (1985)

Figure 2 : Adaptation du schéma de la transposition didactique de Chevallard (1985)

Figure 3 : Adaptation du schéma de transposition didactique de Chevallard

Figure 3 : Adaptation du schéma de transposition didactique de Chevallard

Source : Faggion Bergmann, 2009

Figure 4 : Le Ninan, Conception de curricula et de programmes, Cours de DESS AIDL 2000-2001 (CLA-Université de Franche-Comté)

Figure 4 : Le Ninan, Conception de curricula et de programmes, Cours de DESS AIDL 2000-2001 (CLA-Université de Franche-Comté)

Figure 5 : Présentation d’une double page type dans Initial 1

Figure 5 : Présentation d’une double page type dans Initial 1

Figure 6 : Extrait du cours e-learning pour arabophones

Figure 6 : Extrait du cours e-learning pour arabophones

Figure 8 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Figure 8 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Figure 9 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Figure 9 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Figure 10 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Figure 10 : Extrait du cours e-learning pour débutants arabophones

Carine Zanchi

Université de Lyon 2

licence CC BY-NC 4.0