Éditorial

Thomas Forissier et Christian Silvy

Citer cet article

Référence électronique

Thomas Forissier et Christian Silvy, « Éditorial », Contextes et Didactiques [En ligne], 6 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2015, consulté le 22 février 2019. URL : https://www.contextesetdidactiques.com/561

L’étude des interactions entre les apprentissages et les enseignements d’une part et les contextes dans lesquels ils se déroulent d’autre part fait l’objet de différentes approches scientifiques et se constitue en un champ de recherche de mieux en mieux identifié.

Dans un premier temps, les études relatives aux contextualisations didactiques ont surtout été issues des didactiques des langues et se sont intéressées aux adaptations des enseignements aux différents publics ou situations d’enseignement.

Certaines études sur la contextualisation didactique en mathématiques, sciences expérimentales et technologiques s’inscrivent dans la même veine en étudiant les effets des contextes sociolinguistiques dans le cadre particulier de ces apprentissages. C’est le cas de l’article proposé par Zinab Seddiki qui présente une analyse des alternances codiques entre trois langues dans le discours d’une enseignante de travaux dirigés de biologie en Algérie. Cet article décrit les pratiques enseignantes dans les filières scientifiques et techniques à l’université algérienne sur le plan linguistique où le français devrait être institutionnellement parlant la seule langue pratiquée. Une séance de travaux dirigés de biologie sert de support pour montrer un usage du plurilinguisme répondant aux contextes linguistiques. L’objet du travail se centre sur la description des niches des trois langues : français, arabe standard et darija.

Ce numéro 6 de la revue « Contextes et Didactiques » fait apparaître trois nouvelles questions portant sur la contextualisation en didactiques des sciences. La première est celle de l’importance de la contextualisation pour revenir à un enseignement socialement efficace. Alain Mercier, dans son article portant sur des exemples générateurs dans le cadre scientifique et mathématiques, montre que la question de la contextualisation reste un enjeu majeur pour l’enseignement. Dégagés de l’histoire de l’enseignement et de questions scientifiques, ses exemples révèlent que la démarche d’enquête sur le monde permet d’affirmer que « toute position didactique doit être contextuelle ». L’article donne alors un échantillon de problèmes où l’enquête réalisée dans chaque cas permet d’ouvrir sur une autre approche de l’enseignement.

La deuxième question est celle de l’aptitude de la contextualisation à fournir des outils d’analyse de situation didactique. À partir d’exemples de géologie, Jacques Kerneis et Jérôme Santini proposent une solution à travers la théorie de l’action conjointe en didactique. À partir de trois extraits de l’émission « C’est pas sorcier » produite en 2002 qui traitent des séismes, ils mettent l’accent sur un certain nombre d’effets de contexte qui les amènent à distinguer quatre types de contextualité : locale, épistémiques, fictionnelle et didactique. Pierre Fleury interroge en sciences physiques le contexte géographique comme pouvant influencer la manière d’atteindre un niveau donné de construction d’un concept scientifique. Ces trois auteurs retiennent l’effet de contexte comme élément d’analyse de situations didactiques.

La troisième question abordée dans ce numéro porte sur la prise en compte des contextes dans la conception des enseignements et la formation. Deux pistes sont présentées à travers les trois articles suivants de ce numéro : de la comparaison des contenus d’enseignement et des contraintes à la prise en compte des contextes d’une part et de la recherche à l’intégration des objets de contextes d’autre part.

Ainsi, Bart Hempen mène une comparaison de système éducatif et de contenus de formation des professeurs de biologie en Flandre et en France. Il souligne que les contenus de la discipline étudiée dépendent du contexte géographique : certaines parties enseignées en biologie en Flandre se retrouvent dans celui de physique et chimie en France. En France, l’enseignement de la biologie reste plus axé sur les sciences de la vie et de la terre avec la géologie. Cathal De Paor considère deux réformes du secondaire premier cycle en cours actuellement en France et en Irlande. Son analyse montre que, bien que les réformes soient censées favoriser la contextualisation, la manière dont celle-ci devrait être réalisée fait l’objet d’un débat. Cet article remet en lumière les conceptions du métier d’enseignant comme moteur implicite de ces résistances. Enfin, Thierry De Lacaze mène des entretiens avec des acteurs socioéconomiques d’un territoire, celui de la Guadeloupe, afin d’identifier un certain nombre d’objets de contexte et de pouvoir être comparés ultérieurement aux pratiques éducatives du même territoire.

En conclusion, ce numéro 6 de la revue « Contextes et Didactiques » intitulé « Didactiques des sciences en contextes » participe à travers les sept articles de recherche présentés aux réflexions menées dans le champ de la contextualisation didactique et des didactiques contextuelles, et plus particulièrement en didactiques des sciences et des mathématiques. Ces travaux, qui offrent une pluralité d’approches, de territoires d’étude et de pistes de didactisation, témoignent de la prise en compte actuelle des contextes dans l’enseignement des sciences ainsi que de l’intégration de ces questions aux théories didactiques de ces disciplines.

licence CC BY-NC 4.0