Éditorial

Olivier-Serge Candau

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Olivier-Serge Candau, « Éditorial », Contextes et Didactiques [Online], 7 | 2016, Online since 15 June 2016, connection on 25 April 2019. URL : https://www.contextesetdidactiques.com/482

L’étude du contexte occupe plus que jamais une place prépondérante dans les recherches en didactique des langues premières et secondes. Or, avec les travaux de la pragmatique en particulier, il est désormais admis que le contexte relève autant d’une acception restreinte du co-texte (contexte linguistique), qu’élargie de la situation (contexte extralinguistique), dans laquelle se réalise l’acte langagier. Fort de ce présupposé, le contexte renvoie alors autant à une dimension macro (environnements matériel, institutionnel et symbolique), que méso (contexte d’acquisition et d’appropriation de la langue, activités discursives réalisées dans les interactions, construction de l’objet discursif, présence des participants), ou encore micro (normes interactionnelles, variables constitutives de l’interaction).

Ce septième numéro de la revue Contextes et Didactiques témoigne de la mobilisation possible de la notion de contexte, notamment en explorant les différentes perspectives didactiques et linguistiques susceptibles d’être convoquées pour observer, expliquer et penser l’acquisition des langues premières et secondes. Ce numéro ausculte la mise en œuvre de la didactique de différentes langues (anglais, arabe, français et serbe) dans des contextes géographiques (Angleterre, France hexagonale, Égypte, Saint-Martin et Serbie) et institutionnels (unités pédagogiques pour élèves allophones nouvellement arrivés, dispositifs bilingues et classes ordinaires) variés.

Le présent numéro se compose de sept articles d’obédiences épistémologique et empirique diverses. L’hétérogénéité de ses contributions permet ainsi de rendre compte de l’étendue du continuum, depuis le macro jusqu’au micro, et de réguler l’appréhension d’une notion aussi délicate et souvent controversée que celle de contexte. L’ensemble des articles vise ainsi à balayer trois orientations fondamentales qui sous-tendent ce numéro :

  • une réflexion épistémologique sur les concepts de contextualisation didactique, didactique contextualisée et didactiques contextuelles ;

  • une étude des effets de contexte et de contextualisation au cours d’interactions didactiques dans des contextes précis d’enseignement des langues ;

  • des propositions d’analyses dynamiques des processus pédagogiques en didactique des langues.

Chacune des contributions apporte différents éclairages à chacun de ces points, et nous laissons le soin au lecteur de juger de ce qui relève spécifiquement de chacune des orientations présentées. En revanche, dans le souci de rendre plus confortable une lecture que nous souhaitons agréable, nous proposons de l’accompagner par la présentation de quelques balises thématiques.

Le premier article permet de clarifier les assises théoriques de la notion de contexte et de la démarche de contextualisation dans une perspective aussi bien didactique que didactologique. L’article de Philippe Blanchet vise en particulier à réhabiliter cette approche trop rapidement évincée dans certains débats actuels en didactique des langues. L’enseignement-apprentissage des langues gagne en effet à s’enrichir d’une véritable réflexion sur la contextualisation humaine et sociale, trop souvent réduite à un applicationnisme universaliste.

Les deux articles suivants, d’Émilie Kasazian et d’Olivier-Serge Candau, s’intéressent à la didactique des langues en classe ordinaire. La première étude, menée dans des collèges publics d’Angleterre, vise à comparer les variations métalinguistiques dans les discours des enseignants selon le niveau social du public auquel ils s’adressent. Émilie Kasazian invite à considérer l’importance de la variable sociale dans la construction du contexte d’acquisition. Ladeuxième étude rend compte des pratiques bilingues (anglais et français) d’élèves saint-martinois en situation collaborative. Elle interroge notamment le rôle des pratiques langagières bilingues dans la construction de l’apprentissage.

Les trois articles présentés à la suite traitent plus particulièrement de dispositifs d’enseignement à destination d’élèves allophones (Brahim Azaoui) et bilingues (Marjorie Pégourié-Khellef ; Julien Basso et Jovica Mikic). La contribution de Brahim Azaoui propose une analyse multimodale des relances produites par une enseignante de français langue première et seconde. L’observation de deux contextes d’enseignement est une occasion privilégiée de s’interroger sur la possibilité d’un invariant contextuel susceptible de définir le style enseignant. Poursuivant la réflexion sur l’agir de l’enseignant, Marjorie Pégourié-Khellef discute les notions mêmes de contexte et de contextualisation en croisant la recherche en didactique des langues et celle des interactions en classe. Cette étude invite à dépasser le clivage entre les niveaux macro et micro contextuels pour penser le geste enseignant comme une modalité pertinente du milieu à part entière. La réflexion sur l’articulation des langues entre elles et aux savoirs qu’elles véhiculent se poursuit avec l’étude de Julien Basso et de Jovika Mikic. Cette recherche exploratoire permet d’interroger les formes et les fonctions des alternances codiques dans les discours des enseignants et des élèves en fonction des activités et des objectifs pédagogiques poursuivis. Les alternances codiques participent pleinement d’une reconfiguration des savoirs pédagogiques.

Enfin, le dernier article rend hommage au penseur Hilary Putnam (1926-2016). Réactivant la thèse de la dépendance contextuelle, Valérie Pérez étaie les arguments du philosophe en insistant sur l’importance cruciale d’une prise en compte fine du contexte, notamment linguistique, susceptible de déterminer et d’enrichir la théorie de la signification indissociable de la communauté des locuteurs et de leurs croyances.

Ce septième numéro de Contextes et Didactiques vise ainsi à montrer que l’appréhension du contexte en didactique des langues impose la prise en considération de plusieurs paramètres : discursif, pragmatique et interactionnel. À n’en pas douter, l’hétérogénéité assumée des contributions, soucieuse de rappeler la plasticité d’une notion aussi débattue que celle de contexte, trouvera un point de ralliement dans le regard critique et distancié d’un lecteur curieux et ouvert.

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